Cinéphile m'était conté ...

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Guirlande de vieux films (Mai/4)

Les dernières vacances, Roger Leenhardt, 1948

Le jour de la rentrée scolaire, un adolescent de 16 ans se souvient des vacances passées avec ses parents, cousins et cousines. Cet été-là, toute la famille est réunie dans la propriété de Torrigne pour la dernière fois. L'un des seuls films français d'après-guerre qui a trouvé grâce aux yeux des tenants de la Nouvelle Vague. Roger Leenhardt a tourné une soixantaine de courts-métrage mais seulement 2 longs, peu enclin à céder aux compromissions. Les dernières vacances est marqué par la mélancolie et les adieux : à l'innocence pour les plus jeunes, aux valeurs désuètes de la bourgeoisie pour les autres, à une certaine idée de la famille, pour tous. Leenhardt entrecroise les intrigues avec fluidité et révèle le talent d'Odile Versois, pour la première fois à l'écran.

 

Adieu Léonard, Pierre Prévert, 1943

Un petit commerçant ruiné est condamné par un maître-chanteur à se livrer à la police ou à assassiner un inoffensif idiot de village. Jacques au scénario et Pierre à la réalisation, les Prévert se font plaisir en un temps où la fantaisie n'est guère de mise. Julien Carette, dans un premier rôle, Pierre Brasseur, Charles Trénet, Jacqueline Bouvier, Denise Grey et bien d'autres, papillonnent à ses côtés. Le scénario est loufoque, comme de bien entendu, hommage à la poésie et à l'anarchie contre le conservatisme de la bourgeoisie. Le film sortit avec quelques coupures car bien éloigné des valeurs vichystes de l'époque. On peut lui préférer le long-métrage suivant de Prévert, Voyage surprise, un peu plus structuré et moins ressemblant à Drôle de drame auquel il est ici difficile de ne pas penser. 

 

Derrière la façade, Yves Mirande et Georges Lacombe, 1939

Dans l'ascenseur d'un grand immeuble parisien, un télégraphiste découvre le cadavre de la propriétaire des lieux. Deux policiers mènent parallèlement leur enquête. Yves Mirande a été un scénariste qui avait parfois du talent mais un réalisateur plutôt médiocre, ici heureusement aidé par Georges Lacombe. "Tout le monde a quelque chose à cacher", tel est le leitmotiv des enquêteurs, y compris d'ailleurs la victime. Une vision assez amère de la société à travers les portraits des locataires de cet immeuble. On a parfois l'impression d'assister à un film à sketches où quelques unes des grandes vedettes de l'époque interviennent un temps, dans un registre qui leur est familier, la plupart du temps. Les interprétations sont inégales : Gaby Morlay et Elvire Popesco pour le pire, Marguerite Moreno et Michel Simon pour le meilleur. Mais ce sont les policiers qui ont la vedette et Jacques Baumer et surtout Lucien Baroux se révèlent excellents dans une enquête vaguement simenonienne qui aurait eu une autre allure sous la direction d'un Clouzot, par exemple. Le film est cependant plaisant sauf quand il s'empêtre incidemment dans de pesantes saynètes bourgeoises. Et puis, un film qui dédie ses premières minutes à Julien Carette ne saurait être complètement mauvais.

 

La fille aux yeux d'or, Jean-Gabriel Albicocco, 1961

Un photographe mondain et playboy joue avec les sentiments d'une jeune femme mystérieuse dont il finit par s'éprendre, ignorant que celle-ci est une très proche amie de son ancienne maitresse. Premier long-métrage de Jean-Gabriel Albicocco, tourné à 25 ans en hommage à la beauté de sa femme, Marie Laforêt. Cette adaptation moderne d'une nouvelle de Balzac est marquée par un esthétisation forcenée, des dialogues ampoulés, une musique répétitive et un mélange pas très digeste de cynisme et de romantisme, culminant dans un dénouement mélodramatique. Le problème est que l'on reste froid devant ce film dénué d'émotion et artificiel, sorte de caricature de ce que certains à l'étranger imaginent être le cinéma français quand il se veut intellectuel. Marie Laforêt est bien, Paul Guers n'est pas mal et Françoise Dorléac n'a hélas qu'un rôle anecdotique. 

 

Le mot de Cambronne, Sacha Guitry, 1936

Excédée par les allusions et les perfidies qu'elle entend sans cesse, Mme Cambronne (une Anglaise) cherche à savoir quel est le fameux mot qu'on attribue à son mari. Pièce en un acte et envers à 4 personnages, voici du théâtre filmé dans son jus qui n'a d'autre but que d'amuser son auditoire. Ma foi, la chose est distrayante et suffisamment courte pour ne suscite de baîllements, en dépit d'une certaine emphase de l'interprétation. La vie de merde de Cambronne, poursuivi par son fameux mot, est prétexte à calembours et traits d'esprit d'un Guitry en forme qui laisse un peu de lumière à ses trois acolytes : l'excellente Marguerite Moreno, la pétulante Pauline Carton et la délicate Jacqueline Delubac. Le film n'est qu'un amuse-bouche pour les amateurs de Guitry mais il n'y a pas de raison de le considérer avec mépris.

 



30/05/2019
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